Lettre d’information n°26 – février 2012
Douze dirigeants européens dont Mario Monti, David Cameron, Mariano Rajoy – mais sans Nicolas Sarkozy ni Angela Merkel – ont plaidé cette semaine, dans une lettre ouverte aux présidents de la Commission et du Conseil, en faveur d’une réelle stratégie de croissance à l’échelle européenne.
Cet appel à soutenir la croissance, tout en agissant pour revenir dans le même temps à l’équilibre des comptes publics, vaut bien sûr pour l’ensemble des pays européens, mais plus encore pour la Grèce.
En effet, comment imaginer que les engagements budgétaires grecs seront tenus sans croissance ? Comment imaginer résoudre la question de l’endettement par l’appauvrissement continu des salariés, des PME, des fonctionnaires et des retraités grecs ?
Le plan financier qui vient d’être adopté doit, à mon sens, être accompagné d’un véritable plan de développement économique de la Grèce. Nous le disons depuis le premier jour.
L’Union européenne pourrait aider la Grèce à retrouver la croissance, d’abord en apportant une assistance technique, juridique et politique, sans laquelle la Grèce seule ne pourra parvenir à mettre en oeuvre certaines réformes, notamment en ce qui concerne la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale ou encore l’imposition des armateurs grecs majoritairement basés à Londres.
Elle pourrait financer de manière plus volontariste de grands projets structurants s’appuyant sur les atouts du pays et contribuant aux objectifs communs à l’échelle de l’UE au delà de la nécessaire modernisation des secteurs touristique et agricole.
Dans le domaine des énergies renouvelables, il faudrait développer des projets basés sur les ressources maritimes, l’éolien, le solaire.
60% de l’énergie grecque provient encore du lignite et seulement 5% du solaire et de l’éolien. Le solaire produit 205 MW en Grèce contre 17 GW en Allemagne.
La position géographique de la Grèce est un atout. Pourquoi ne pas en faire la tête de pont de l’approvisionnement énergétique européen en développant les infrastructures de transport d’énergie électrique, de gaz et de pétrole. Ce qui permettrait, au passage, de ne pas laisser le développement des ports grecs aux seuls Chinois.
D’autres pistes existent pour favoriser le développement de la Grèce, telle la création d’un corps de contrôle des frontières placé prioritairement aux frontières grecques – notoirement une véritable passoire pour tous les trafics- ou encore la transformation d’une partie des moyens militaires grecs en groupement européen au service du maintien de la paix (en 2011, la Grèce a consacré 3,17% de son PIB en dépenses militaires).
Bien sûr, cela obligera l’Union européenne à relever les moyens du budget européen.
Hormis les conséquences incalculables d’un point de vue économique d’une Grèce quittant la zone euro et partant à la dérive, les conséquences géopolitiques seraient potentiellement tout aussi préjudiciables pour l’UE compte tenu de la proximité de zones aussi sensibles que les Balkans, la Syrie, le Liban, …
Pour avoir une réelle chance de succès, il faudra aussi changer de méthode. L’élaboration de ce plan européen devra se faire en rupture avec tout ce que l’on a vu depuis plus de deux ans. Il ne s’agit plus d’imposer unilatéralement des décisions prises à Bruxelles ou au FMI. Il s’agit de construire ensemble, responsables européens et responsables grecs, un plan global cohérent, efficace et sur le long terme, en se faisant confiance et en respectant les procédures démocratiques.
C’est la seule issue pour que la Grèce se relève et que l’Europe continue d’avoir un avenir.
Amicalement,
Sommaire
- L’UE doit veiller au respect des libertés fondamentales en Hongrie
- Une présidence danoise ambitieuse en pleine crise économique.
- Chine: « La reconnaissance du Statut d’économie de marché n’est pas à l’ordre du jour ».
- Droits de l’Homme.
- Les autres grands dossiers de la session.
- Le point sur l’élection du nouveau Président, des vice-présidents et des questeurs du Parlement européen.
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