Lettre d’information n°26 – février 2012

Chine: « La reconnaissance du Statut d’économie de marché n’est pas à l’ordre du jour ».

Marielle de Sarnez, vice-présidente du Mouvement Démocrate, déplore vivement l’engagement pris hier à Pékin par le Président du Conseil européen, Herman van Rompuy, d’ouvrir des discussions sur la reconnaissance du Statut d’économie de marché à la Chine.

« Cette annonce est incompréhensible à plus d’un titre. Le choix du moment tout d’abord. Alors que la Chine s’obstine à empêcher toute action de la communauté internationale en Syrie comme en Iran, il est surprenant que le Président du Conseil choisisse de faire une telle offre ».

« L’objectif poursuivi est tout aussi contestable puisqu’à l’heure actuelle, la Chine ne remplit pas les conditions requises pour acquérir le statut d’économie de marché ».

 « Je comprends mal pourquoi l’UE devrait renoncer à ses instruments de défense commerciale à l’encontre de la Chine, ce qui serait la conséquence de la reconnaissance juridique du Statut d’économie de marché à la Chine. Il ne serait en effet plus possible d’engager, ni de maintenir, de procédures anti-dumping ».

 « Le contraste entre le comportement à Pékin du Président du Conseil européen avec le Premier ministre Wen Jiabao et celui de Barack Obama à l’égard de Xi Jinping, le futur numéro Un chinois, actuellement en visite à Washington, est saisissant. Dans un cas, nous voyons un dirigeant sans mandat ne pas défendre les intérêts européens et dans l’autre un leader réaffirmant ses convictions, sur la sous-évaluation du Yuan par exemple, avant toute autre considération »

« La politique commerciale de l’UE ne peut être ainsi totalement déconnectée de ses impératifs diplomatiques et de ses intérêts économiques. La Chine ne pourra obtenir ce Statut que lorsque nos relations commerciales seront rééquilibrées ».

Marielle de Sarnez, membre de la commission du Commerce international au Parlement européen, est rapporteur pour les relations commerciales UE/Chine.

Brève : Les échanges entre l’Union européenne et la Chine doivent être plus équitables.

Marielle de Sarnez appelle à davantage d’équité dans un projet de rapport sur les échanges entre la Chine et l’Union européenne actuellement en discussion au sein du Parlement européen.

« La Chine est le plus grand exportateur au monde de marchandises et l’Union européenne est la première destination des exportations chinoises : ces données simples suffisent à démontrer l’importance des relations commerciales entre les deux régions.

Cependant, un important déficit commercial au désavantage de l’Union européenne se creuse d’année en année. Par ailleurs, les investisseurs européens ont souvent le sentiment que l’accès aux marchés chinois est entravé et les déséquilibres qui caractérisent aujourd’hui les échanges entre l’Union européenne et la Chine sont à l’origine de tensions grandissantes.

Dans mon rapport d’initiative intitulé « UE-Chine, l’échange inégal » présenté le 20 décembre au Parlement européen, je mets en évidence les facteurs de déséquilibre dans ces échanges. J’insiste aussi sur les actions que la Chine et l’Union européenne doivent toutes deux entreprendre pour rétablir une plus grande loyauté dans leurs relations commerciales.

Réciprocité sans protectionnisme

Aujourd’hui, de nombreuses barrières commerciales empêchent ou dissuadent les entrepreneurs européens d’investir sur les marchés chinois. Certaines aides chinoises à l’exportation faussent la concurrence avec les produits étrangers. Les autorités chinoises mettent parfois en place des restrictions à l’exportation de certains produits sans justifications valables, notamment les matières premières. La faible protection des droits de propriété intellectuelle en Chine favorise la contrefaçon à grande échelle. Enfin, la faiblesse du yuan apporte un avantage concurrentiel déloyal aux exportations chinoises.

Il est nécessaire de faire tomber toutes ces barrières commerciales et que tous les échanges commerciaux obéissent au principe de réciprocité. Plus concrètement, les marchés chinois doivent être ouverts aux produits européens comme les marchés européens sont ouverts aux produits chinois.

Une stratégie européenne unitaire et cohérente

L’Union européenne doit de son côté, sans instaurer de barrière protectionniste, faire plus d’efforts pour lutter efficacement contre l’arrivée sur ses marchés des contrefaçons chinoises. Elle doit également être plus vigilante au respect des normes européennes par les biens chinois importés et connaître la proportion de dettes souveraines européennes détenues par la Chine. Enfin, elle doit favoriser et valoriser la production européenne.

Si elle veut rester forte en matière commerciale, l’Union européenne doit mettre en œuvre une politique concertée de ré-industrialisation ainsi qu’une politique de recherche et d’innovation à la hauteur des nouveaux enjeux mondiaux. Mais elle doit aussi avoir une stratégie unitaire, coordonnée et cohérente vis-à-vis de la Chine. »