Lettre d’information n°8 – avril 2010

Qu’en pensez-vous ?

Vos suggestions, vos réactions, vos propositions pour l’Europe…

Face à la crise, un véritable gouvernement économique européen, uni et solidaire, pour une zone monétaire homogène et un euro moins cher.

Pour remédier efficacement à la tourmente économico-financière et à la spirale sans fin des dettes publiques, l’Europe des 27 a le besoin urgent d’avoir un vrai gouvernement politique et bien sûr économique, parlant fort et d’une seule voix. Faute de cela, la contagion actuelle des faillites du système des spéculations sans règles et sans freins, partie des USA, risque d’enrayer durablement la poursuite de la construction européenne.

Qu’on l’appelle « grande récession », comme le font les Américains pour marquer une différence d’intensité un peu optimiste par rapport à la « grande dépression » de 1929, ou que l’on parle de chaos économique, cette crise est profonde. Elle aggrave les problèmes d’emploi, creuse les inégalités, modifie en profondeur les équilibres mondiaux, suscite les pires réflexes protectionnistes face aux peuples les moins favorisés -dont nous aurons pourtant de plus en plus besoin du fait du vieillissement de nos populations occidentales-. Et de nouvelles lames de fond sont encore à prévoir. Dans ce contexte, l’Union européenne, forte de ses 500 millions de citoyens, de la diversité et de la complémentarité de ses moyens de production et d’innovation, a des capacités d’adaptation et des atouts d’avenir incontestables. Elle a un rôle international essentiel à jouer face aux excès de la mondialisation pourvu que certaines conditions « sine qua non », que tous les Européens convaincus et de bon sens reconnaissent, soient rapidement remplies. Comme dans toute famille dite « nombreuse » où les enfants n’ont pas tous au départ les mêmes réponses d’adaptation à l’existence, il en est ainsi des 27 États de l’Union pour lesquels, en plus de la crise actuelle, les capacités d’adaptation aux grands défis posés à l’horizon 2020 et au-delà sont inégales, particulièrement pour ceux de l’Europe méridionale et du sud-est, notamment en ce qui concerne la mondialisation, le vieillissement démographique avec ses défis sociaux-économiques, les changements climatiques et les besoins énergétiques…Un vrai gouvernement politique européen est indispensable et prend tout son sens, tant pour faire appliquer et contrôler les règles économiques devenues obligatoires, que pour organiser la solidarité nécessaire de l’ensemble de l’Union vis à vis des membres les plus en difficulté. Alors qu’aujourd’hui la BCE n’a même pas le droit officiel de prêter directement aux États de la zone euro (dixit Maastricht), un véritable Fonds monétaire sous souveraineté européenne est indispensable si nous ne voulons pas voir notre indépendance se morceler par des interventions du FMI. L’Europe a parfaitement les moyens de finance et de contrôle pour permettre à certains pays de la zone euro de rattraper leurs erreurs et leur retard. C’est à la volonté politique de jouer. Aujourd’hui, une partie de l’Europe méridionale fait subir à l’euro son premier grand baptême du feu : la Grèce par sa dette et son déficit record, l’Espagne par son absence de politique industrielle, son chômage exponentiel et ses choix hasardeux du « tout immobilier », le Portugal pour l’état de plus en plus préoccupant de ses finances publiques et l’Italie dont la dette est en train de dépasser celle du Portugal. Partant de ces exemples, certains voudraient que la zone euro se morcelle, voire disparaisse.

Un euro solide -ce qui ne veut pas dire surévalué- et de référence mondiale ne peut durer que si l’Union monétaire est fondée sur un gouvernement économique européen réel.

Peut-être a-t-on mis la charrue avant les bœufs dans la construction européenne ? Mais il n’est pas trop tard et devant l’urgence actuelle, on peut espérer que nos chefs d’État, et Messieurs Van Rompuy, Barroso et Trichet, auront à cœur de sauver la « famille » en cas de grande nécessité. L’Europe le vaut bien et en a les moyens.

Mais un euro solide et reconnu ne veut pas dire un euro trop cher. Toutes les entreprises exportatrices de la zone euro le savent et le vivent au quotidien depuis déjà de nombreuses années. Même si la parité euro/dollar a l’avantage de nous permettre d’acheter un peu moins cher nos énergies fossiles, le compte pour l’Europe n’y est pas. Nos factures en euro sont devenues de plus en plus chères pour nos clients étrangers. Nos exportations en souffrent, alors que la zone dollar US, celle du Yuan chinois ainsi que les grands pays émergents des B.R.I.C (Brésil, Russie, Inde, Chine) en profitent. Seule l’Allemagne par l’implantation traditionnelle de ses marchés mondiaux et la puissance de son industrie civile et de sa haute technologie, parvient encore à résister. En période de récession, l’activité exportatrice de l’Europe est naturellement essentielle. Elle compense en emplois et en richesses les lacunes de nos marchés domestiques.

Notre euro basé à l’origine sur le niveau du mark allemand ne représente plus la force économique réelle de l’Union. Les Américains, et désormais les Chinois, même s’ils affirment être contre le protectionnisme, l’ont compris. Leurs économies sont déjà dans un bien meilleur état que celle de la zone euro. Et ils nous imposent leurs devises à un niveau scandaleusement faible par rapport à notre monnaie, ce qui leur permet de mieux vendre au monde et donc de sortir plus vite de la crise à notre détriment.
Ne soyons donc pas naïvement fiers de notre euro trop « fort ». Entre l’étiage lointain d’un euro ne valant que 0,85 dollar et le pic assez récent de 1,50 dollars, le « coût » de l’euro pour nos exportations est devenu insensé. Même sa parité actuelle autour de 1,35 dollars est pénalisante pour nos entreprises. Nous le payons chaque jour en pertes de parts de marchés extérieurs, en fermetures d’usines et en déficits commerciaux aggravés.

Pour tout cela, ce gouvernement politique et économique de l’Europe des 27 que nous réclamons en urgence va avoir fort à faire. Mais « notre » Europe est à ce prix !

Francis PONT, Référent Europe – Val de Marne