Lettre d’information n°12 – juillet 2010

Edito

On l’avait cru morte et enterrée suite au Sommet du G20, mais l’idée d’une taxe sur les transactions financières – dite taxe Tobin – semble renaître de ses cendres. On apprend en effet que, faute d’accord au niveau mondial, France et Allemagne se sont adressées à la nouvelle présidence de l’Union européenne, la Belgique, pour que soit examinée la possibilité de créer une telle taxe au niveau européen.

Cette taxe ne doit pas être confondue avec une autre évoquée depuis plusieurs mois et qui crée une certaine confusion (volontaire d’ailleurs de la part de certains qui espèrent ainsi éviter le débat). La taxe bancaire viserait à alimenter un fonds de garantie pour les banques, en cas de nouvelle défaillance, afin que cette fois les contribuables ne soient pas appelés à la rescousse…

Nous devons donc d’abord clarifier le débat mais aussi en recentrer la portée : si l’on taxait les transactions financières, ce qui ne concernerait pas que les banques (et même peut-être moins les banques que d’autres acteurs du marché), ce serait pour quoi faire? Car si cette idée doit être mise au service de tous les problèmes de financement en suspens (changement climatique, aide au développement, budget de l’UE, etc…), on en discutera encore dans 20 ans.

Je pense pour ma part que les revenus de cette taxe devraient être alloués à l’aide au développement. Avec les difficultés financières et budgétaires que rencontrent les États, nous n’atteindrons pas l’objectif de 0.7% du PIB des budgets nationaux des États membres versés à l’aide au développement et donc les objectifs du Millénaire. Nous sommes donc obligés d’aller chercher de nouvelles ressources, comme cette taxe sur les transactions financières.

Je crois à la nécessité de la taxe qu’on appelle Tobin. Elle est saine car elle privilégie le long terme au court terme. Quand vous avez des modèles d’informatique et des logiciels qui tournent et qui font des centaines de transactions financières à la seconde ou à la minute sans personne derrière, il est assez normal de taxer ce type de transactions à 0,003 ou 0,004 %. L’économie pourrait ainsi se voir repositionner sur l’activité réelle et non virtuelle. Changement non négligeable en termes de capacité de création d’emplois.

La deuxième raison pour laquelle j’estime cette taxe absolument salutaire, c’est que pour une fois, les responsables politiques feraient quelque chose d’utile pour les opinions publiques mondiales. Financer le développement en mettant à contribution les spéculateurs est juste, nécessaire et moral. C’est pourquoi la position de la France et de l’Allemagne est la bienvenue.