Lettre d’information n°12 – juillet 2010

Qu’en pensez-vous ? Vos suggestions, vos réactions, vos propositions pour l’Europe…

Marielle de Sarnez invite des jeunes démocrates français à rencontrer nos partenaires italiens dans le cadre de leur université d’été au Parlement européen.

Marielle de Sarnez nous a invités, jeunes démocrates, à participer à l’université d’été des jeunes de l’Italie des Valeurs, un de nos partenaires italiens -avec l’Alliance pour l’Italie de Francesco Rutelli qui a cofondé avec François Bayrou le Parti démocrate européen- du mercredi 30 juin au vendredi 2 juillet. L’occasion pour nous de renforcer les liens qui existent entre jeunes engagés pour la promotion de la démocratie et la liberté des citoyens en Europe.

Fondé en 1998 sous l’impulsion du magistrat italien Antonio di Pietro, acteur du mouvement « Mani pulite » (mains propres) qui a visé à lutter contre la corruption et les organisations mafieuses en Italie, ce parti italien siège au Parlement européen avec le Mouvement Démocrate au sein de l’ADLE dont, rappelons-le, un des grands combats en Europe est la défense des libertés individuelles.

Des tables rondes sur le thème de la construction européenne

Mercredi soir, la Summer School a été ouverte par l’eurodéputé Niccolo RINALDI qui a laissé ensuite la parole à la tribune à sa collègue Sonia ALFANO et au député européen et grand philosophe italien Gianni VATTIMO, qui a expliqué son travail quotidien au sein de la commission Culture du Parlement européen.

Dans le cadre de ce séminaire européen, nous avons pu assister aux tables rondes organisées toute la journée de jeudi en français et italien, sur le thème de la construction européenne. La première intervention de la journée, introduite par Niccolò RINALDI, vice-président du groupe ADLE, donne le ton : celui d’un esprit européen à parfaire.

« L’intégration européenne ne se fera pas seulement par les institutions, elle doit être animée par un esprit européen. » Enrico PIERI.

Enrico PIERI est venu partager avec nous, jeunes italiens et français, son parcours de vie, celui d’un migrant italien comme tant d’autres à son époque, orphelin à l’âge de 10 ans à la suite du massacre de Sant’Anna di Stazzema (août 1944), orchestré par les nazis aidés des fascistes, à l’image d’un Oradour-sur-Glane. On y trouve aujourd’hui un site mémoriel consacré à la paix, entretenu par de jeunes allemands qui accomplissent leur service civil. Les fonds européens alloués sont issus des Länder allemands dont ces jeunes sont originaires. Enrico PIERI insiste sur la nécessité d’aller vers les autres et sur l’obligation d’un travail de mémoire. Questionné sur la résurgence de mouvements sécessionnistes ou xénophobes, il démontre que c’est exactement ce que sa génération avait voulu chasser, concluant sur la nature du gouvernement italien actuel et le rejet de ceux qui migrent vers l’Italie ou ailleurs en Europe.

Le magistrat italien Piergiorgio MOROSINI aborde le thème de la légalité à travers le cas crucial de la mafia qui gangrène l’Italie comme d’autres pays. Il affirme que le traitement judiciaire de la mafia doit se faire à l’échelle européenne et non seulement italienne, compte tenu des réseaux qui « bloquent » d’une manière ou d’une autre les procédures et qui transgressent les frontières. L’Union européenne dispose déjà d’outils juridiques aptes à traiter ce problème : pour lui, c’est avant tout une question de volonté politique.

Notre eurodéputée Sylvie GOULARD a répondu en italien aux nombreuses questions à la suite de son intervention autour du lien évident entre économie et environnement : c’est bien l’économie durable qui doit être au centre des préoccupations, dans le cadre d’une Union européenne dont l’économie est le moyen d’atteindre son but politique. « Faire la monnaie unique, c’était faire la moitié du chemin », affirme-t-elle, poursuivant ainsi : « nos économies doivent converger, contrairement à ce que veulent les dirigeants nationaux ». Elle conclut contre les nationalismes : « opposer les gens sur leur origine, ce n’est pas moderne, c’est complètement ringard ! »

Pour la liberté de la presse et la liberté d’information en Europe: « No bavaglio day » (journée sans bâillon)

Pour clore cette journée de tables rondes, c’est Loris MAZZETTI, journaliste, qui vient traiter de la question de la liberté d’informer. Journaliste italien, il a été récemment écarté de la télévision publique RAI pour le seul fait d’avoir fait son travail de journaliste, celui d’avoir dénoncé l’hypocrisie du pouvoir berlusconien en place qui avait censuré des émissions en période électorale. Il se lance alors dans un plaidoyer en faveur de la liberté d’expression dans son pays.

Dans ce cadre il nous a longuement présenté le projet de loi dit Bavaglio (bâillon en français) qui interdirait, entre autres, aux journalistes de publier toute information sur des affaires judiciaires avant le rendu du verdict en cas de procès. Sonia Alfano, députée européenne de l’Italie des Valeurs rappelle à ce titre que c’est la publication par la presse d’enregistrements téléphoniques qui a permis l’identification de l’assassin de son père, journaliste ayant longtemps enquêté sur les réseaux mafieux.

A la lumière des évènements qui ont frappé la presse française, et notamment Mediapart ces derniers jours en France, cette intervention a particulièrement retenu notre attention ! Il fut vigoureusement applaudi par les centaines des jeunes européens rassemblés ce jour-là.

Nous avons ensuite participé, symboliquement bâillonnés et retransmis en duplex en Italie, à la mobilisation nationale organisée le même jour dans toute l’Italie. « De toute l’Europe, nous refusons de nous résigner et de nous laisser bâillonner, la liberté d’information des citoyens est un droit fondamental, notamment inscrit dans la Charte européenne des droits fondamentaux. La liberté du citoyen est un combat profondément européen et dont l’Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe est une ardente défenseuse », voici en quelques mots le message que nous portions, au delà du cas italien à tous les peuples européens.

Leoluca Orlando, porte parole de l’Italie des Valeurs, a affirmé : « Ce gouvernement qui poursuit un projet inique, veut lier les mains, mettre les menottes aux policiers et magistrats, les empêchant de s’attaquer aux mafieux », un message qui résonne avec amertume chez de nombreux Italiens qui voient leur pays gangréné par le manque de liberté d’information, « car il y a une Italie qui regarde l’Europe et qui veut défendre la liberté d’information et la sécurité des citoyens », a conclu Niccolò Rinaldi.

Vous pouvez retrouver la vidéo de l’évènement en italien à l’adresse: http://www.youtube.com/watch?v=fkdHyKkdnAc

La découverte du travail d’un député au Parlement européen

Une fois les tables rondes terminées, nous avons eu l’occasion de visiter de manière plus informelle l’enceinte du Parlement avec Alexandra, assistante de Marielle de Sarnez. Elle a aiguisé notre curiosité en nous faisant partager le vécu d’un député européen. De l’hémicycle aux pièces de vie commune, des bureaux administratifs aux salles de réunion de groupes et commissions, nous avons pu découvrir le quotidien de nos représentants. Ce fut l’occasion pour nous de découvrir comment s’effectue le travail au sein de l’hémicycle, quelles sont les relations avec les autres institutions, avec les lobbyistes le parlement favorisant des relations transparentes entre les représentants des peuples européens et les lobbies (ONG, régions, industries, associations et syndicats notamment), la logique politique en jeu (droite et gauche n’ayant au Parlement européen pas de sens puisque la culture est celle du dialogue et du Consensus).

A l’issue de cette journée nous avons enfin pu dialoguer avec des jeunes européens engagés comme nous pour la défense de l’esprit démocratique en Europe. Journée très enrichissante. Nous remercions particulièrement Marielle de Sarnez et Alexandra de nous avoir permis de vivre une telle expérience.

Alexandre Fèvre (Haute-Garonne), Anthony Jouvenel (Pas-de-Calais), Rémi Laurent (Nord), Antoine Carette (Val-de-Marne) et Vincent Chauvet (Côte-d’Or).