Lettre d'information n° 63 - octobre 2016

« Nous devons montrer qu’il y a une voie pour que notre pays retrouve la force d’un peuple uni et l’élan vital qu’il n’aurait jamais dû perdre »

Découvrez le discours prononcé par Marielle de Sarnez à l’occasion de la clôture de l’université de rentrée 2016 du Mouvement Démocrate à Guidel.

[Seul le prononcé fait foi.]

 

Chers amis,

J’ai été très heureuse de ces trois jours passés ensemble.

Et très impressionnée par la qualité des débats que nous avons eus, sur de grandes questions, toutes d’intérêt général.

C’est dû bien sûr à la grande qualité des intervenants que nous avons reçus.

Mais c’est dû aussi à chacune et chacun d’entre vous, militants, élus, sympathisants de notre Mouvement, à votre implication, à votre enthousiasme, à votre engagement jamais démenti, à votre ouverture d’esprit.

De tout cela, je veux vous remercier.

Grâce à vous tous, ces journées ont été un succès.

Grâce à vous tous, nous allons repartir plus forts encore, plus déterminés encore, à porter haut et loin ce que nous croyons essentiel pour le pays.

Je veux dire un grand merci à l’équipe du MoDem, aux jeunes, à tous ceux qui ont œuvré, et ils sont nombreux, au succès de ces journées.

Et je veux, en votre nom à tous, remercier du fond du cœur notre secrétaire général Marc Fesneau.

Tous ceux qui le connaissent vous le diront : c’est vraiment quelqu’un de bien, qu’on ne peut qu’apprécier et aimer. Et ça, ça n’a pas de prix.

Merci Marc !

Nous sommes réunis ici à Guidel à un moment très important, j’ai envie de dire historique, de notre vie de militants, de citoyens, de femmes et d’hommes engagés, qui veulent le meilleur pour leur pays.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Je crois que l’échéance présidentielle qui arrive est capitale, essentielle pour l’avenir du pays.

Davantage encore que les échéances précédentes.

Par nature, je ne suis pas pessimiste.

Mais je veux vous dire ce que je crois, ce que je sens de toutes mes fibres.

Je pense vraiment que c’est le dernier moment, la dernière chance, que nous avons à notre disposition, nous les démocrates, pour ressaisir le pays tout entier, le mettre sur la bonne route, sur le bon chemin, le faire aller dans la bonne direction pour les décennies qui viennent.

C’est cela notre responsabilité.

Et elle est immense.

Nous n’avons pas le droit d’échouer.

Nous devons montrer que oui, il y a une voie, il y a un chemin possible, pour que notre pays se rassemble autour de l’essentiel, qu’il retrouve confiance en lui, qu’il retrouve la force d’un peuple uni, qu’il retrouve l’élan vital qu’il n’aurait jamais dû perdre, qu’il renoue avec l’idéal européen.

Car, il n’y aura pas de ressaisissement européen sans ressaisissement de la France.

C’est dire l’importance du choix que nous avons à faire.

Surtout dans un moment où les menaces s’accumulent sur ce que nous avons de plus cher.

Je veux parler de notre cohésion sociale, de notre démocratie, de notre Europe.

Oui. Notre cohésion sociale est en danger.

Depuis plus de trente ans, les fractures, sociales, éducatives, économiques, culturelles,  territoriales, ne cessent de se creuser.

Le chômage en est évidemment la première cause. Si on additionne toutes les catégories, 6 200 000 personnes sont demandeurs d’emploi.

Et encore, ce n’est pas le vrai chiffre : il faut ajouter aussi les plus désespérés, ceux qui ne cherchent plus, et puis ceux qui travaillent au noir, et puis ceux qui tentent de sauver leur peau avec des petits boulots, et tous ceux-là ne sont pas dans les radars de Pôle Emploi.

Si l’on rapporte le nombre total à la population active, on approche des 20%. C’est un chiffre fou. Un chiffre qui fracture le pays, qui le fracture de longue date, en profondeur. De génération en génération.

Et puis il y a ceux qui travaillent pour des salaires de misère, dans des conditions de plus en plus difficiles.

Et tous ceux, trop nombreux, dont le revenu n’augmente plus depuis bien longtemps.

Ces millions de Français vivent ce que Christophe Guilly décrit fort bien. Ils vivent le « déclassement social », avec toutes ses conséquences : la perte de confiance en soi, le sentiment d’être victime d’une terrible injustice, la tentation du repli sur soi, et la montée du sentiment d’intolérance à l’égard des autres.

C’est bien la cohésion française qui est menacée dans son essence même.

Et cela nous ne pouvons l’accepter.

François Bayrou qui avait mis en évidence la question de la dette en 2007, la question du produire en France en 2012, a récemment replacé la question du revenu du travail au cœur de notre réflexion économique et sociale.

La question des inégalités en matière de formation, la question des inégalités de niveau de vie, la rupture plus importante qu’elle ne l’a jamais été entre le haut et le bas de la pyramide sociale, voilà une question d’avenir : si nous ne donnons pas l’assurance que la justice progresse, la France risque de ne pas y survivre.

C’est ensuite la démocratie. Rien de durable ne peut se construire sans adhésion et par les temps que nous vivons, l’adhésion, la confiance, sont plus indispensables que jamais.

Il va falloir rebâtir la démocratie française. Car tout est finalement lié.

La démocratie, c’est d’abord la représentation de tous les citoyens, de toutes les conditions sociales. Je vais vous donner quelques repères éclairants : c’est sous les 3ème et 4ème Républiques que les ouvriers et les employés ont été les mieux représentés au Parlement.

Sous la 5ème République leur nombre décline au fur et à mesure, pour n’être plus que 2%.

Pour les femmes guère mieux puisqu’avec 26%, la France se classe parmi les derniers en Europe, et je ne parle pas du classement mondial où nous sommes derrière l’Afghanistan !

Si nous sommes incapables de résoudre cette question facile, comment pourrions-nous résoudre les questions difficiles ?

La démocratie c’est aussi la représentation de tous les courants d’opinion, à leur poids juste, pour que chaque citoyen sache que dans les hémicycles du Sénat et de l’Assemblée, il y a des femmes et des hommes qui sauront exprimer leur sensibilité, leur analyse des enjeux, et peser dans le débat et sur la décision. C’est décisif.

Enfin, la démocratie c’est un état d’esprit et une façon d’être.

C’est aussi une manière nouvelle de gouverner.

Le débat, l’écoute, le respect, l’ouverture, nous les devons aux citoyens. Les enjeux auxquels nous sommes confrontés exigeront plus que jamais de se rassembler, et d’unir nos forces.

Enfin, nous aurons à retrouver le chemin de l’idéal européen.

Pour la première fois de son histoire, la construction européenne est gravement menacée.

Disons-le franchement : les institutions européennes n’ont pas été à la hauteur des défis nombreux auxquels nous avons été confrontés ces dernières années.

Sur la crise économique, sur la crise des réfugiés et des migrants, des questions centrales qui touchent au cœur même de notre engagement européen, elles ont été incapables d’anticiper, de concevoir et de prendre les bonnes décisions. Pire encore,  elles ont ajouté de l’incertitude en louvoyant sans cesse, en changeant de pied.

C’est maintenant qu’il faut tracer les perspectives pour empêcher le délitement continu de l’Union européenne.

Et je crois vraiment que ce ne sont pas de « petits pas » qu’il faudra proposer. Je vous dis ma conviction : le moment est venu de repenser le périmètre et la forme de notre Union, et d’aller vers une Europe à « cercles ».

Un espace économique européen avec ceux qui le souhaitent, dont l’objectif restera le marché et les consommateurs.

Et une avant garde, un noyau dur, avec ceux qui auront pour objectif de faire émerger une Europe plus politique, sans doute correspondant au cercle plus restreint de l’euro.

Pour initier cette démarche nouvelle, le rôle de la France sera prédominant.

C’est elle qui devra porter ce projet, le proposer à nos amis allemands, et y faire adhérer ceux des pays européens qui seront volontaires.

Avec à la clef la volonté affichée de gérer désormais ensemble les grandes questions qui se posent à nous, la défense, la sécurité, les migrations, les frontières, l’économie, la fiscalité, le climat, le partenariat avec l’Afrique.

Mais, je vous le disais au début de cette intervention, il n’y aura pas de ressaisissement européen, s’il n’y a pas de ressaisissement français.

Pour le rendre possible, il y a une condition première, c’est le rassemblement.

Les temps mauvais dans lesquels nous sommes, exigent d’éviter les divisions, les affaires de personnes, les affaires de partis. Ils exigent de se rassembler autour de l’essentiel et d’unir nos forces au service du redressement du pays.

C’est tout le sens du soutien que nous apportons à Alain Juppé.

Et je suis heureuse de voir que, malgré l’hystérisation du débat mise en scène quasi quotidiennement par son compétiteur, il continue de revendiquer haut et fort des principes et des valeurs dans lesquelles nous nous retrouvons, nous le centre, ce qui est tout à son honneur dans un temps où les démagogues ne reculent devant aucun effet de manche.

Nombreux sont les Français, nous le savons, qui soutiennent sa démarche. Il faudra qu’ils se mobilisent pour le soutenir effectivement au mois de novembre.

Ce rassemblement, il devra se poursuivre au delà de l’élection présidentielle.

Une majorité nouvelle devra voir le jour pour reconstruire le pays.

Cette majorité nouvelle devra favoriser l’émergence d’une force centrale, d’un grand centre, nécessaire à l’équilibre de notre pays.

C’est pourquoi, je le dis à tous ceux qui croient à cette idée d’un centre nécessaire, dans les partis de l’UDI, et au-delà sur notre droite, sur notre gauche, chez les écologistes.

Plus nous serons nombreux à faire le même choix pour l’élection présidentielle, un choix en cohérence parfaite avec nos principes et nos valeurs, plus ce grand centre sera incontournable pour créer demain l’équilibre nécessaire de la majorité nouvelle dont la France aura besoin.

Chers amis, le temps de pré campagne qui s’ouvre devant nous devrait être un temps utile pour préparer l’avenir, dire ce qui doit changer et comment ça doit changer.

Un temps démocratique, ou chaque citoyen devrait pouvoir se saisir du débat.

Un temps pour revenir à l’essentiel, à ce qui compte le plus, à ce qui fait la force d’un peuple.

Voilà ce que devrait être la pré campagne.

Nous devrions être dans des temps de civisme, et nous sommes trop souvent dans des temps de postures.

Et, bien évidemment, l’élection primaire en cours ne concourt pas à élever le débat. C’est forcément le risque quand on décide de ne s’adresser qu’à un segment étroit de l’opinion, qu’au noyau dur de ses sympathisants.

Nous sommes bien dans des temps étranges.

Où l’on voit des responsables politiques perdre tout repère, ne plus faire la différence entre l’accessoire et l’essentiel, et se perdre à l’envie dans des débats théoriques dont ils raffolent, parce qu’il faut faire le buzz, mais qui au final empêchent toute réflexion en profondeur et toute capacité d’action réelle sur ce qui est le plus important pour nos concitoyens.

Aujourd’hui, c’est le grand déboussolement !

Et je crois que notre rôle dans la vie politique française, ce doit être exactement le contraire.

Nous devons revendiquer, assumer d’avoir des repères.

Et nous devons tenir le cap.

Pour porter et défendre ce que nous avons de plus précieux, et ce que nous croyons.

Nous le ferons dans tous les cas de figure.

Nous savons ce que nous avons en charge, et qui se résume en un mot, l’espoir de millions de Français qui grâce à nous, grâce à nos choix, grâce à notre succès, pourront demain recommencer à y croire.

 

Retrouvez toutes les lettres d’information de Marielle de Sarnez, députée européenne d’Ile de France et présidente de la délégation du Mouvement Démocrate au Parlement européen.
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